Complémentaires santé : l’UFC-Que Choisir s’attaque à leur «rente de situation»

L’UFC-Que Choisir s’est choisi un nouveau combat : assainir le marché de la complémentaire santé. « Nous dénonçons une forme de rente, liée à l’opacité du marché. Le consommateur ne peut pas jouer son rôle de régulateur »,  explique le président, Alain Bazot. L’association de consommateurs n’a pas choisi son moment au hasard, le jour de la présentation du budget 2011 de la Sécurité sociale. « Les sommes restant à la charge des ménages risquent de devenir insupportables », plaide-t-elle, calculant que les mesures prévues par le gouvernement risquent d’augmenter mécaniquement de 8 % le coût de la complémentaire l’an prochain. L’impact de la taxe de 3,5 % sur le chiffre d’affaires est ainsi estimé à 26 euros par personne, celui des nouveaux déremboursements à 22 euros, pour une prime d’assurance-santé de 551 euros en moyenne. Le point de rupture semble proche.
Un marché « illisible »

L’analyse de l’évolution des dépenses de santé pour les ménages entre 2001 et 2008 est éloquente : la part non prise en charge par l’assurance-maladie – reste à charge et prime d’assurance santé -a bondi de 26 à 39 milliards d’euros (les dépenses de remboursement de la Sécurité sociale ont également progressé à peu près au même rythme). Traduction, se soigner coûtait 618 euros par personne et par an en 2008, contre 407 euros en 2001.

« Cette inflation est dans une large mesure liée au marché des complémentaires santé, ces dernières étant devenues un prérequis à l’accès aux soins », explique l’UFC-Que Choisir. Sur la période, le niveau de prime a bondi de 44 %, quand le revenu disponible ne progressait que de 29 %. Surtout, les prestations des complémentaires n’ont parallèlement augmenté que de 27 %. Le taux de redistribution est donc mystérieusement passé de 89 % à 78 % entre 2001 et 2008.

La progression des taxes sur les complémentaires – 7 euros par personne en 2001, 14 euros en 2008 -n’explique pas tout. La dérive tiendrait surtout à l’explosion des sommes prélevées au titre des frais de fonctionnement, passées en sept ans de 10 % à 20 % de la prime. « Il est plus rentable d’investir sur son image que sur ses performances en faveur des assurés », déplore l’association, reliant le phénomène à l’explosion des budgets publicitaires et à la montée en puissance des assureurs privés, passés de 21 % à 27 % de parts de marché.

De ceci, l’assuré n’a pas conscience, tant le marché de la complémentaire, avec ses garanties incompréhensibles et ses contrats non comparables, est « illisible ». Pas plus qu’il ne réalise « l’inéquité » de la situation, la part du budget consacrée à la santé étant inversement proportionnelle au revenu. P our garantir « l’accessibilité financière aux soins pour tous », l’UFC-Que Choisir préconise deux remèdes. Obliger chaque organisme à dévoiler la part des primes consacrée aux remboursements, via un indice du taux de redistribution. Et intégrer dans l’objectif d’évolution des dépenses d’assurance-maladie le reste à charge des ménages et le coût de la complémentaire.

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